Comment me suis-je enfermée dans le rôle de la potiche ?

Je ne vais pas raconter en détails mon enfance, mon père violent, mon viol*, je ne m'attarderai pas non plus sur les barbaries physiques et psychologiques de mes ex, dans ce texte je ne vais parler que de moi, ma façon d'interagir aujourd'hui avec le monde qui m'entoure, et en particulier les hommes. La mini autobiographie ci-dessus évoquant quelques sombres souvenirs explique bien évidemment mes réactions présentement, néanmoins j'ai -heureusement- une part de responsabilité dans mes comportements, c'est ce qui fait que je suis libre de changer, de me remettre en question.

Séduction, politesse, complexe de l'infirmière, sacrifice, voici les quelques mots qui garnirait la charte que je pourrais écrire si je laissais mon pilote automatique conduire ma vie. Le moule dans lequel j'ai été façonnée a un impact tel, qu'il influence mes comportements et même ma personnalité.
Une fille douce, aimable, charmante, prévenante, une vraie fille : une potiche.

Je suis la fille qui bat des cils, enfermée dans le besoin de séduire hommes et femmes, sourires en coin, buste droit, apprêtée, possédée par les minauderies. Si un homme, aussi répugnant soit-il, pose les yeux sur moi, j'en suis réconfortée, apaisée. Si cet homme est déplacé, j'apprends à ne plus être polie, à connaître mes limites et les faire respecter, j'arrive à force d'auto-persuasion à utiliser ma colère, réaction bénéfique pour donner de l’énergie et sauver sa peau ; néanmoins subsiste au début la fille qui bat des cils. Ce besoin de séduire est sans doute un besoin d'exister, et même si le parallèle avec mon histoire est vite fait, je tente quand même de savoir pourquoi je ne sais pas -ou difficilement- agir autrement.

Se comporter comme une tête vide délibérément, ou plutôt sous sa propre emprise, voilà pour moi la problématique majeure du féminisme, les premiers soldats du patriarcat étant les femmes ; car après tout, si les femmes étaient armées psychologiquement pour se défendre, les hommes n'auraient aucune emprise. En présence de personnes ayant un schéma malsain encré en eux, ou en situation de stress, j'efface tout ce à quoi je crois, je confisque moi-même ma liberté.

Puis vient la (re)prise de conscience, le dégoût de moi-même, de ce corps qui se meut comme bon lui semble. Pourquoi ai-je fait les yeux doux, pourquoi ai-je besoin de faire ma belle pour me sentir exister? Rien de grave en soi, je n'ai rien fait de mal, néanmoins je me sens possédée par quelque chose qui n'est pas moi et qui me rebute profondément.

Où est le vrai moi? Je suis la fille à deux têtes, une tête est vide, l'autre réfléchit trop; je ne pense pas que la solution soit d'en couper une.

*en évoquant mon viol je ne me marginalise pas, on peut me mettre une étiquette de victime, on peut dire que j'en parle trop, moi je sais que je ne me définis pas QUE par ça, en parler c'est dénoncer les 205 viols par jour en France, 9 par heure, 75000 par an-