Souvent je me sens comme un petit animal blessé et perdu. Je crois que personne, à part ceux qui l'ont vécu, ne pourrait comprendre les victimes d'inceste ou de viol. Je suis marquée au fer, en fait je pense que je suis handicapée, psychologiquement, cassée, mais ça ne se voit pas, et surtout, ça ne se dit pas. Personne ne doit savoir ce qu'il s'est passé, personne ne veut savoir. C'est gênant, intime, et comme ça touche à ma famille c'est encore pire.

Mon proprietaire sait que j'étais dans un foyer, il m'a demandé ce qu'il se passait en gros dans ma vie, et j'ai fait l'erreur de lui dire que je prévoyais de porter plainte contre mon frère à cause d'un inceste. Il m'a regardé, très choqué, et m'a dit "je sais pas si c'est une bonne idée de porter plainte contre votre frère".

Pour moi y a trois sortes de handicap, le handicap physique, mental, et psycologique.

Un viol est pour moi un handicap psychologique, dans le sens où il s'est passé quelque chose qui a détruit une partie de moi et qui me fait encore mal présentement, au même titre que quelqu'un qui a eu un accident de voiture et qui se retrouve avec une jambe boitante et douloureuse à vie. La difference, c'est que le handicap physique se voit, qu'on est reconnu en tant que victime, et des choses sont prévues pour vous. Moi je vis avec la douleur sans jamais pouvoir en parler; dans notre societé c'est très mal vu d'aborder l'inceste, le viol.

Le fait est que ça fait parti de moi, je porte ça, mais je dois caché ce poids.