Je repense à cet instant, il me ramène en enfance.

Et je me rappelle ce matin où mon père m’avait giflé tellement fort que ma mère ne m’a pas amené à l’école pour ne pas avoir honte de la trace des doigts sur toute ma joue. Elle m’avait enduit d’Homéoplasmine, j’avais la peau collante et visqueuse.
Et ce jour où il avait frappé mon frère tellement fort au visage que ça lui avait donné une otite.

Je vois les choses sous un angle différent : je ne me suis jamais considérée comme une enfant battue, maltraitée moralement oui, mais pas battue. Ces gestes me paraissaient normaux. Normaux ! Moi qui prône une éducation non violente pour mon fils, qui suis contre les punitions et les récompenses. Pourtant j’ai grandi depuis, j’ai acquis la capacité de réfléchir et raisonner, mais j’ai gardé mon état d’esprit insouciant d’enfant en ce qui concerne certains souvenirs.

J’ai honte d’en être arrivée là, honte d’être avec quelqu’un comme ça. A l’heure actuelle je ne pense même pas au fait que c’est un homme violent, je n’ai pas de haine contre lui, juste contre moi-même ; qu’est ce que je fais là ? Pourquoi j’ai tout quitté pour quelqu’un comme ça ? Suis-je complètement maso ? Est ce que je ne suis bonne qu’a être avec des hommes violents et malades ?
Il est rentré le soir du travail comme si rien ne s’était passé ce matin, il n’a même pas remarqué mon coquard, et mon hématome sur l’arcade. J’ai mal à la tête.

L'impact de sa main sur mon visage a été si rapide, j'ai déjà presque oublié. Je crois qu'on peut dire que le niveau est monté d'un cran; j'ai déjà eu des bleus sur le corps, des rougeurs sur les bras, mais jamais sur le visage. Insolente, je ne suis qu'une insolente, je n'ai pas mon mot à dire, je dois acquiescer, mais je n'y arrive pas. Parfois j'arrive presque à y croire.

Je voudrais ne jamais oublier la douleur sourde ressentie à cet instant présent, mon arcade est gonflée. Je voudrais cette fois être forte et me tirer de cette situation le plus vite possible. Je redoute le réveil de demain, va t-il se passer la même chose? comment va t-il prendre mon refus de lui faire le bisou du matin? vais-je devoir me justifier encore et encore, va t-on reparler de ce qui a causé la dispute d'hier? J'ai peur.

Mon dieu, dans quel monde j'ai jeté mon fils, comment vais-je lui apprendre à être heureux. Je lui ai promis, à chaque fois que je me faisais tapé, que j'allais faire en sorte que tout aille mieux. Je lui ai dit que j'allais trouver la force, pour lui. Faites que je tienne ma promesse. Il est encore petit, il ne comprend pas encore ma lâcheté, il ne voit pas que mes promesses ne sont pas tenues. Pourquoi je reproduis le même schéma, je ne veux pas être à la place de ma mère, je veux partir et être heureuse, je ne mérite pas d'être traitée ainsi, je veux juste être heureuse.